” Le groupe Colas a amorcé sa démarche d’intégration du BIM en 2013, au travers d’exports de données. Depuis, l’usage du BIM s’est étendu à toutes les activités du groupe grâce à un travail sur l’interopérabilité permettant à Colas d’être full BIM sur ses projets. Comment les équipes ont-elles géré les changements organisationnels associés ? Maud Guizol, Corporate BIM Manager, responsable de la partie stratégie et déploiement du BIM chez Colas, nous répond.

Dès le départ, l’équipe en charge de l’intégration du BIM, la cellule BIMbyCO pilotée par Maud Guizol, a choisi d’opter pour une approche collaborative. L’idée était de définir un processus permettant aux métiers du bâtiment, du génie civil et de l’infrastructure d’échanger en BIM. La corporate BIM Manager nous expose ici la démarche suivie, étape par étape.

Etape 1 : identifier les besoins

« Chaque métier a ses enjeux propres. Nous avons donc commencé par identifier les cahiers des charges de chacun pour bien définir quelles fonctionnalités du BIM leur seraient utiles. Etant donné que nous englobons 3 grands métiers_ bâtiment, génie civil et infrastructure, nous ne pouvions pas prendre en considération tous les besoins. Nous avons donc priorisé les enjeux de chacun. »

Etape 2 : lister les outils existants et leur compatibilité avec le BIM

« Notre objectif n’était pas de changer tous nos outils. Nous souhaitions réaliser un déploiement le plus simple possible pour les collaborateurs et le moins couteux pour l’entreprise. Nous avons donc fait l’inventaire de tous les logiciels à disposition, métier par métier. Puis nous avons identifié ceux qui nécessitaient des mises à jour ou des outils complémentaires pour permettre les échanges BIM. La plupart des logiciels des métiers du bâtiment et du génie civil permettaient des exports en IFC. Toutefois, pour l’infrastructure, il a fallu attendre janvier 2017 pour que naisse un premier IFC infra. Dès lors, nous avons obtenu les dernières versions de Covadis et Mensura qui intègrent celui-ci. Bien que l’interopérabilité ne soit pas parfaite, on y gagne clairement puisque nous ne devons pas tout ressaisir ! »

Etape 3 : tester l’interopérabilité des logiciels

« Une fois l’état des lieux des livrables souhaités et des outils existants réalisé, nous avons testé les interopérabilités entre les divers outils. Cela nous a permis de déterminer quel logiciel choisir pour tel ou tel usage métier et pour des échanges inter-métier _entre bâtiment et génie civil, génie civil et infra, etc. Nous avons aussi testé les outils dans un environnement collaboratif. Par exemple, nous avons vérifié par outil de compilation si certaines fonctionnalités comme la détection de clashs ou le timeliner étaient réalisables sur nos différents logiciels métiers (Covadis, Mensura, Revit…). Toute cette phase nous a permis de dégrossir le panorama des outils possibles et d’établir une liste de logiciels interopérables répondant aux enjeux de nos métiers phares. »

Etape 4 : Définir des processus d’échange

« Il faut noter qu’il n’y a pas de solution de logiciels qui fonctionne sur tous les projets. Pour chacun, notre cellule BIMbyCO définit la combinaison de processus et d’outils adaptés, en fonction des livrables à fournir par chaque métier. Nous avons créé une trame de convention BIM Colas qui comprend un ensemble de processus et des tableaux mentionnant les logiciels à utiliser. Nous l’adaptons au cas par cas et la fournissons aux collaborateurs travaillant sur le projet. Aujourd’hui, certains d’entre eux sont montés en compétence et sont à même de rédiger cette convention que nous nous contentons alors de vérifier. A terme, l’interopérabilité accrue des logiciels permettra une diffusion de cette responsabilité. »

Etape 5 : former les collaborateurs

« Dans la plupart des cas, les opérationnels maîtrisaient déjà les logiciels et ont juste dû s’adapter légèrement lorsque ceux-ci sont devenus interopérables. Mais pour les aider notamment dans l’adoption des processus de travail collaboratif, nous avons mis à leur disposition des outils de formation sous la forme de tutoriels ou de COOC (corporate open online course). »

Etape 6 : tester sur des chantiers pilotes

« La mise en pratique sur des chantiers pilotes permet non seulement de tester l’efficacité du processus collaboratif BIM mais aussi de faire adhérer les collaborateurs, ce qui est tout aussi essentiel. Jusqu’en 2016, nous choisissions des chantiers sur lesquels nous disposions d’une certaine marge de temps. Mais maintenant que les équipes sont rodées sur les outils, nous optons plutôt pour des chantiers courts où le BIM permet de respecter les délais serrés et d’apporter une réelle valeur ajoutée. Aujourd’hui encore, nous testons toujours un peu notre capacité à échanger en BIM. Chaque projet est un challenge qui nous permet de devenir plus efficients. »

Chez Colas, les chantiers sont réalisés en BIM pour diverses raisons :

  • Le BIM est imposé par le DCE – ce qui est de plus en plus courant depuis mi-2016 et concerne même l’infrastructure depuis cette année.
  • Les clients de Colas sont demandeurs et le groupe les accompagne alors dans cette démarche BIM afin de les faire monter en compétence.
  • Les conducteurs de travaux, conquis par le BIM lors d’un précédent projet, demandent de réitérer l’expérience. Par exemple, lorsqu’ils ont une forte contrainte de suivi financier du chantier, ils apprécient la précision et la justesse des informations fournies par le BIM.
  • Le projet présente des usages spécifiques ou des innovations sur lesquels Colas souhaite travailler en BIM.

 

Projet routier et de génie civil – Colas

Les leçons à tirer

Finalement, Maud Guizol pointe quelques points clés à retenir.

  • « Tout d’abord, le BIM n’a de réel intérêt que s’il est collaboratif. Il me semble donc essentiel de ne pas entamer cette démarche en silo, métier par métier mais d’opter d’emblée pour une réflexion multi-métiers. J’ajouterais que sur le long terme, cela se révèle moins coûteux que de ne le faire que dans un deuxième temps. »
  • « Ensuite, le BIM est efficace si nous sommes dans la saisie unique. Si pour un livrable, on doit re-modéliser sur un autre outil, on perd l’intérêt du BIM qui est de gagner en temps et en efficacité via une gestion de projet globale. L’interopérabilité des outils est donc à prioriser. »
  • « Autre point : il n’y a pas de taille de chantier spécifique. L’intérêt de faire du BIM ne doit pas se faire en fonction de l’envergure du chantier mais selon les livrables demandés et les enjeux du chantier (délais, anticipation, clashs, communication, etc.) »
  • « Enfin, le BIM permet l’anticipation. Il s’agit certes de construire en virtuel avant de construire en vrai mais aussi de responsabiliser les choix, de développer une maîtrise des risques. Aujourd’hui un chantier réussi est un chantier bien préparé. Le BIM et les process qui l’accompagnent sont donc des alliés précieux. »

Aujourd’hui, Colas utilise le BIM de la conception à la déconstruction, dans le bâtiment, le génie civil et l’infrastructure. « Plus nous utilisons le BIM sur toutes les phases, moins c’est couteux et plus c’est efficace. »

 

 

Cet article est une création originale de Mediaconstruct

 

Membre de bSI depuis 1996, buildingSMART France – Mediaconstruct, association loi 1901, accompagne la transformation digitale de la Construction par le développement de l’openBIM et de bonnes pratiques de travail en BIM. Son objectif : la continuité numérique entre Construction, Exploitation et Territoires.

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