Le Crédit Agricole d’Aquitaine réalise actuellement son futur siège social en utilisant le BIM. Un projet au cours duquel les équipes de maîtrise d’ouvrage ont appris les erreurs à éviter et les meilleures manières d’optimiser un projet en BIM. Juliette Léard, chargée de mission de la construction du nouveau siège, nous offre un retour d’expérience riche en conseils.

Le Blog du BIM : En quoi consiste ce projet du futur siège social du Crédit Agricole d’Aquitaine ?
Juliette Léard : Le futur siège social se situe à Bordeaux, dans le quartier des bassins à Flot, Quai Bacalan. Il fait partie d’un Programme d’Aménagement d’Ensemble (PAE) qui concerne toute la zone. Nous avons fait la démarche de deux certifications environnementales : la Certification NF HQE® Bâtiment Tertiaire : niveau Excellent, et la Certification BREEAM1 International New Construction : niveau Good afin de garantir la qualité environnementale du projet. Le futur siège social représentera une surface de plancher de 12 300 m2. Il sera constitué d’un restaurant d’entreprise de 165 places, d’un auditorium de 360 places, de 470 postes de travail avec des espaces collaboratifs, des salles de réunion, etc. et d’un parking de 250 places. Nous aurons aussi des terrasses suspendues qui offrent à l’architecture une proximité avec la nature et une dimension environnementale.
Après avoir lancé le concours d’architecture, remporté par Wilmotte & Associés, nous avons lancé le Contrat pour études préliminaires (CEP) jusqu’à la phase de DCE2 et de passation des marchés de travaux. Lors de cette dernière, nous avons opté pour un contrat Maîtrise d’ouvrage délégué (MOD) et en entreprise générale. Le marché de construction a été remporté par l’entreprise Fayat. Nous en sommes donc aujourd’hui à la phase de travaux dont la réception est prévue pour fin juin 2018.

Le Blog du BIM : Est-ce vous qui souhaitiez réaliser ce projet en BIM ? Qu’espériez-vous y gagner ?
J.L. : Il s’agissait en effet d’une démarche volontaire de notre part dès la phase conception/étude du projet. Tout est parti d’un constat simple. Suite aux nombreuses lois Grenelle, nous nous sommes rendu compte de la valeur verte des bâtiments avec les certifications environnementales et notamment la certification HQE. Mais nous avons aussi pris conscience de leur valeur digitale qui se retranscrit avec la GTC-GTB3, la GMAO depuis quelques temps déjà et depuis peu avec le BIM.
Nous avons donc décidé de concevoir le nouveau siège en BIM car ce dernier nous offre une plus-value en termes d’informations sur les données du bâtiment. Nous qui sommes investisseurs-occupants, nous nous projetons dans l’exploitation et la maintenance, dans une vision globale. Or seul le BIM permet de collecter et gérer des données sur toute la durée de vie du bâti.
Nous nous sommes assuré en amont que notre logiciel de GMAO puisse dialoguer avec le BIM et que notre GTB soit en système ouvert. Si aujourd’hui le mode d’échange entre la maquette Exploitation Maintenance et la GTB n’est pas encore abouti, cela ne saurait tarder et nous avons travaillé sur les deux afin que le lien puisse se faire de manière cohérente à l’avenir.

Le Blog du BIM : Quelles difficultés avez-vous affronté en phase de conception et qu’en avez-vous appris ?
J.L. : Etant donné que nous étions en Contrat d’études préliminaires, nous n’avons pas pu fournir en amont notre cahier des charges, comprenant nos besoins et objectifs finaux qui portent sur l’exploitation et la maintenance du bâtiment. Or, le BIM est une méthode collaborative et il me semble essentiel que le maître d’ouvrage soit partie prenante du process dès le départ. D’autant que faire du BIM pour du BIM n’a pas de sens. Il faut partir des besoins du Maître d’Ouvrage et de l’exploitant pour utiliser tout le potentiel de la maquette numérique. Heureusement, nous avons pu rectifier le tir lors de la phase d’exécution, en élaborant un cahier des charges avec l’aide de notre AMO (assistant à maîtrise d’ouvrage) BIM qui est Artelia sur cette opération. Je recommanderai donc, à tout maître d’ouvrage de veiller à rédiger un CDC dès la phase de conception.

Le Blog du BIM : Avez-vous dû affronter d’autres problématiques en phase de conception ?
J.L. : En effet, nous avons dû faire face à des problèmes d’interopérabilité des logiciels.
Une des difficultés était l’impossibilité pour le BIM manager de compiler la maquette architecte et la maquette structure et de mettre en cohérence ces deux éléments (point d’origine, niveaux de référence des planchers des deux maquettes, altimétries… ) rendant l’exploitation impossible pour le BET FLUIDES. Nous n’avons donc pas pu rassembler les maquettes de l’architecte, du BET structure et du BET Fluide.
Le BET Fluides a opté depuis pour un logiciel plus interopérable. Cette expérience nous a permis de réaliser qu’un maître d’ouvrage avait tout intérêt à imposer dès le départ, l’utilisation de logiciels permettant des exports IFC !
D’ailleurs, pour la phase d’exécution, nous avons décidé de travailler en en IFC 2×3. Nous n’en sommes pas encore à l’IFC4 mais ce sera probablement le cas en phase d’exploitation, dès lors que cette nouvelle version aura été validée par l’ensemble des acteurs.

Le Blog du BIM : Et en phase d’exécution, quels challenges avez-vous du relever jusque-là ?
J.L. : Nous avons réalisé que le suivi de la maquette BIM par l’architecte n’avait pas été intégré au contrat, ce qui pose des difficultés à l’entreprise pour la phase d’exécution. Un fonctionnement en silo totalement incohérent avec le concept même du process BIM. Nous en avons tiré deux leçons d’importance. D’une part, la maquette numérique doit être conçue dès le départ avec des objets évolutifs et il faut établir de manière contractuelle que chaque acteur est responsable de son évolution au fur et à mesure de l’avancée du projet. D’autre part, il en découle que la maquette ne doit pas être la propriété des intervenants, mais bien celle du maître d’ouvrage/exploitant. Selon nous, cela devrait permettre d’assurer une meilleure continuité de la maquette.

Le Blog du BIM : Vous avez beaucoup appris sur ce projet. Etait-ce le cas de tous les intervenants ?
J.L. : Oui je pense que ce projet a été formateur pour chacun. Pour certaines entreprises (sous-traitantes de Fayat), c’était une première utilisation du BIM et cela leur a demandé de nombreux changements : acquérir de nouveaux logiciels et de nouvelles compétences, se familiariser avec une gestion dense des données, avec les IFC, les aspects techniques ou encore adopter de nouvelles méthodologies de travail. Malgré tout cela, il y a eu une envie de découverte de leur part. Et bien que nous n’ayons pas tous eu le même niveau, il y a eu entre tous les acteurs du projet une entraide globale enrichissante. Même si le travail collaboratif n’est pas encore pleinement naturel, je pense que nous avons tous appris et que nous ferons tous mieux lors du prochain projet.
D’ailleurs, pour notre part, nous capitalisons déjà sur cette expérience pour le projet de construction du Chai, un futur bâtiment mitoyen au siège social. Nous avons ainsi établi un CDC dès la phase conception avec notre BIM Manager, défini une obligation d’usage des formats IFC, contractualisé le suivi maquette tout au long des phases et la cession des droits d’usage de la maquette de la maîtrise d’œuvre au maître d’ouvrage dès la phase de conception et pour les phases de DOE, d’exploitation et de maintenance.

Le Blog du BIM : Finalement, qu’attendez-vous du BIM en phase d’exploitation et de maintenance ?
J.L. : Nous avons bien défini nos objectifs pour le futur siège social et je peux vous en citer cinq.
1/ Le BIM nous permettra de contrôler les quantités (portes, fenêtres, moquette, espaces verts…) et les surfaces, ce qui assurera une exploitation optimale avec des achats groupés par exemple.
2/ Le fait d’avoir un DOE numérique facilitera notamment les échanges avec les prestataires pour la maintenance.
3/ Bien que nous conserverons un DOE complet, nous aurons une maquette allégée qui contiendra uniquement les données dont nous aurons besoin pour l’exploitation. Le BIM permettra de facilement accéder et mettre à jour l’information tout au long du cycle de vie du bâtiment.
4/ Nous serons aussi en mesure de gérer les espaces et le mobilier, ce qu’on appelle le space planning. Il s’agit d’un bâtiment tertiaire au sein duquel les aménagements des différents services seront régulièrement à revoir. La maquette permettra le re-cloisonnement graphique, afin de passer d’un plateau partagé à des bureaux individuels par exemple, tout en réaffectant chauffage, climatisation et lumière en conséquence. Le BIM aidera donc à la gestion intérieure du bâtiment qui évolue aussi en termes d’usages tout au long du cycle de vie.
5/ Enfin, plus tard, lorsque nous serons en mesure de la faire techniquement, nous connecterons la GTB-GTC au BIM, pour un bâtiment intelligent en termes de données et d’utilisation automatisées. Cela arrivera vite ! 

1. BRE Environmental Assessment Method, certification anglaise équivalente à la certification HQE.

2. Dossier de consultation des entreprises

3. GTC : Gestion technique centralisée. GTB : Gestion technique du bâtiment. La GTB gère l’électricité, la climatisation, la lumière naturelle, le chauffage, etc. (notamment grâce à l’utilisation de capteurs.) La GTB aboutit donc à un bâtiment intelligent qui peut s’assurer du confort des occupants, notamment en s’adaptant à l’environnement extérieur, en baissant les stores lorsque le soleil chauffe trop les espaces de travail, par exemple.

 

Membre de bSI depuis 1996, buildingSMART France – Mediaconstruct, association loi 1901, accompagne la transformation digitale de la Construction par le développement de l’openBIM et de bonnes pratiques de travail en BIM. Son objectif : la continuité numérique entre Construction, Exploitation et Territoires.

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