Connaissez-vous les IFC ? Ce sigle signifie Industry Foundation Classes (ou Information For Construction), mais de quoi s’agit-il exactement ? Et surtout que permettent-ils dans le cadre de projets BIM ? Spécialiste du sujet, Guillaume Picinbono, chef adjoint de la division MIC (maquette numérique et ingénierie concourante) du CSTB*, nous éclaire sur ces points… et d’autres.

Qu’est-ce que les IFC ? Et en quoi sont-ils pertinents pour les utilisateurs du BIM ?
Guillaume Picinbono : Les IFC sont un standard ISO d’échanges pour le BIM. En d’autres termes, il s’agit d’un format standard permettant à deux logiciels BIM, issus d’éditeurs différents, d’échanger les informations d’un projet. L’objectif premier des IFC est donc de favoriser l’interopérabilité entre les acteurs d’un projet. Concrètement, un architecte qui aura conçu la maquette 3D d’un bâtiment sur un logiciel de CAO, pourra l’exporter dans le format IFC vers le logiciel du bureau d’études, ou de l’économiste, ou même de l’entreprise de construction. Evidemment, le transfert de données est tout aussi facile dans l’autre sens et s’avère valable entre tous types d’acteurs, quel que soit leur métier.
Ce format a été développé par buildingSmart International pour qui l’interopérabilité est un cheval de bataille de longue date, puisque l’association portait initialement le nom d’International Alliance for Interoperability.

Quels types d’informations peuvent être transmis grâce aux IFC ?
G.P. : Un modèle IFC permet de transmettre les données de tout un projet, puisqu’il comporte 800 classes d’objets. Impossible de toutes les citer, mais globalement, cela comprend les informations sur le site, le bâtiment, les étages, les équipements, les composants (murs, dalles, poutres…), ou encore les produits qui constituent les ouvrages (les plaques de plâtre de la cloison par exemple).
Ces données sont tout d’abord sémantiques : un mur, une dalle, une fenêtre… Mais les IFC véhiculent aussi leur géométrie, leurs dimensions, leurs propriétés, les matériaux utilisés, etc. Et enfin, leurs relations avec les autres objets ou composants. Par exemple, un mur est percé par un trou, lui-même rempli par une fenêtre, elle-même composée d’un dormant, d’un ouvrant avec une vitre, etc. L’importance de l’information résidant aussi bien dans chaque composant que dans les liens existant entre eux.

Comment les IFC sont-ils utilisés aujourd’hui ?
G.P. : Les IFC sont actuellement très utilisés pour la conception du modèle architectural. Les possibilités d’utilisation sont toutefois plus larges. Ils pourraient ainsi permettre la transmission de données portant sur le calcul de structure d’un bâtiment, ou encore la temporalité de la mise en œuvre des éléments (le BIM 4D). Les IFC ne sont donc pas encore utilisés à leur plein potentiel, mais cela arrivera sûrement au fur et à mesure de l’implantation du BIM et de l’évolution des process. Le travail collaboratif et l’interopérabilité prennent de plus en plus d’importance à divers niveaux de la société, les IFC ont donc une réelle raison d’être et de se développer.

Les IFC ont connus plusieurs versions. Pourquoi ? Comment évoluent-ils ?
G.P. : Il est communément reconnu que tout ce qu’il y avait avant les IFC 2X3, sortis en 2006, revenait à des étapes de développement du format. Les IFC 2X3 sont utilisés depuis 10 ans, ce qui en fait le format IFC le plus utilisé.
Mais le BIM et le secteur de la construction ne cessant d’évoluer, buildingSmart a poursuivi ses recherches afin d’améliorer ce modèle. Grâce à des groupes techniques, des groupes de réflexions sur le modèle et aux retours d’expériences d’utilisateurs, les IFC4 ont vu le jour en 2014. Si on pourrait estimer qu’ils correspondent à 80% aux IFC2X3, des évolutions majeures ont toutefois été apportées. Le modèle a gagné en homogénéité, certaines entités manquantes ont été ajoutées, ainsi que des propriétés liées à de nouvelles problématiques comme l’environnement et la construction durable. Finalement les IFC4 correspondent à la phase de maturité des IFC.

Y aura-t-il d’autres évolutions ?
G.P. : Des réunions sur le sujet auxquelles je participe ressortent deux pistes d’évolution. La première est déjà concrète : les IFC4x1 ou IFC4X2, des déclinaisons des IFC4 qui comprendront l’IFC Alignement. Il s’agit d’éléments qui permettront de connecter le monde du BIM du bâtiment et celui du BIM urbain. Aujourd’hui, il faut pouvoir géolocaliser le bâtiment par rapport au terrain, au cadastre, au territoire. On développe donc des IFC qui permettent d’aligner le bâtiment sur son environnement.
L’autre piste, ce sont les IFC5. On pense qu’il y aura une rupture sur des sujets un peu plus fondamentaux. D’une part, devraient être intégrés des IFC touchant à l’infrastructure (pont, tunnels, routes) afin qu’on puisse les modéliser. Et d’autre part, des éléments permettant de développer les capacités paramétriques des IFC. Car aujourd’hui, ceux-ci sont figés, géométriques, tandis qu’avec la dimension paramétrique, le modèle serait capable de réadapter sa géométrie, son épaisseur, ses propriétés en fonction d’un nouveau paramètre. On pourrait obtenir des bâtiments avec différentes variables : par exemple avec des cloisons de 7, de 10 ou de 12, laissant au BET la possibilité de choisir.
Affaire à suivre.

*CSTB : Centre Scientifique et Technique du Bâtiment

 

Cet article est une création originale de Mediaconstruct

 

Membre de bSI depuis 1996, buildingSMART France – Mediaconstruct, association loi 1901, accompagne la transformation digitale de la Construction par le développement de l’openBIM et de bonnes pratiques de travail en BIM. Son objectif : la continuité numérique entre Construction, Exploitation et Territoires.

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