Concevoir en BIM offre de multiples possibilités. En 2009, l’Atelier d’architecture Chaix & Morel et Associés (Paris) choisissait de miser sur cette innovation. Comment l’a-t-elle mis en place au sein de ses équipes ? Quels furent les challenges à relever ? Anabel Sergent, architecte associée, et Carmen Martinez Gil, architecte référent BIM, partagent leurs expériences et leurs enseignements.

Blog du BIM : Pourquoi avez-vous décidé d’adopter le BIM en 2009 ?
Anabel Sergent : A l’époque, le monde de la construction s’orientait déjà vers de nouveaux logiciels axés BIM. Pourquoi attendre que cette innovation nous soit imposée ? Nous avions préféré anticiper en l’adoptant aussitôt et ainsi ne pas risquer d’être écartés de certains marchés pour cette raison.

Blog du BIM : Quelles furent les premières étapes pour intégrer le BIM au sein de votre agence ? 
A.S : Nous intégrons le BIM projet après projet. Nous avons d’abord fait l’acquisition d’un logiciel BIM pour l’équipe qui démarrait les études du projet Michelin (2009). Etant donné que nous travaillions sur Autocad, notre choix s’est naturellement porté sur Revit. Les architectes concernés ont suivi des formations de 3 jours dispensées par CAD-UC. Dans le même temps, nous avons embauché de nouveaux éléments qui maîtrisaient déjà le BIM pour constituer une équipe mixte : le savoir-faire interne en conception, la maîtrise externe du logiciel. Pour le projet L’Oréal (2012), nous n’avons plus eu besoin d’embaucher des compétences extérieures et avons constitué des équipes mixtes de débutants et d’experts.Au gré de 7 projets, nous avons ainsi formé successivement une vingtaine de personnes, soit les deux tiers de notre effectif en production. 

La société Juno nous a aussi accompagnés en interne, nous conseillant à chaque étape ou lorsque nous faisions face à des difficultés. Elle jouait en quelque sorte le rôle de contrôle technique BIM des projets.
Aujourd’hui, certains architectes devenus experts font office de référents au sein de l’agence. Parmi eux, Carmen Martinez Gil qui a suivi une formation complémentaire « Maîtrise d’œuvre, gestion globale de projets BIM » dispensée par le Moniteur en 2015 (18 demi-journées réparties sur plusieurs mois).
Les projets que nous développons durent 3 à 5 ans : cette année, nous allons encore accélérer la transition, la demande des maîtres d’ouvrage se faisant plus pressante.

Blog du BIM : Comment s’est déroulée la phase de prise en main du BIM ?
Carmen Martinez Gil : Comme pour tout changement de logiciel, il a fallu apprendre à maîtriser l’outil et adapter les procédures de l’agence. Il fallait arriver au même niveau de maîtrise technique et graphique que sur Autocad, puis le dépasser en tirant profit des qualités propres au BIM.
Avec Revit et le BIM, il faut être vraiment méthodique afin de gagner du temps à long terme. En plus de l’apprentissage du logiciel, nous avons eu une formation sur la manière de travailler le BIM en équipe de maîtrise d’œuvre : la mise en place d’un protocole commun, de coordinateurs BIM dans chaque spécialité (structure, fluides, économiste, etc.), d’une plateforme d’échanges et d’un planning rigoureux pour la mise en commun des éléments.

Anabel Sergent : Changer d’outil et de méthode peut être chronophage. Il est donc important d’opter pour un projet dont les délais de rendu ne sont pas trop courts afin que les équipes aient le temps de s’approprier le logiciel. Dès 2009, les architectes formés ont pu mettre en pratique leurs nouveaux acquis sur le projet du Campus RDI Michelin. Ce fut d’autant plus intéressant que le modèle a été conservé du début à la fin, nous l’avons transmis à l’entreprise qui réalisait les travaux !
J’ajouterais que notre savoir-faire en BIM évolue à chaque projet. Pour la Tour Sky 56 à Lyon dont le chantier a débuté l’automne dernier, nous avons réalisé une maquette numérique avec des plans inclinés. Avec le BIM, tout est paramétrable : nous avons poussé le modèle le plus loin possible en phases APD et PRO. Nous sommes partis du principe que plus le niveau de précision est élevé, plus la tour a de chance d’être construite telle qu’imaginée. A priori, le projet devra pouvoir subir des évolutions d’études d’exécution tout en gardant son esprit géométrique. Quoi qu’il en soit cela a permis à nos équipes de monter en compétences en termes techniques.

Blog du BIM : Utilisez-vous les IFC ?
C.M.G : Cela dépend des projets et du positionnement de nos partenaires sur le sujet. Certains n’ont pas adopté les IFC ou même le BIM. Toutefois, nous avons aussi eu des cas d’échanges en openBIM. Ainsi, pour la phase études d’exécution du Campus RDI Michelin, Eiffage Construction nous a ainsi transmis une maquette issue du logiciel Tekla que nous avons pu lire grâce aux IFC.

Blog du BIM : Le BIM est-il un avantage lors des concours d’architecture ?
Anabel Sergent : Honnêtement cela dépend des contraintes du projet. Lorsque la création de départ est déjà structurée, le BIM va nous permettre de faire des propositions rapidement. En revanche, quand nous partons d’une page blanche vers un projet aux formes souples et peu sériel, la question se pose d’utiliser le BIM à ce stade ou dans un second temps. Concevoir en BIM prend du temps. Et nous n’en disposons pas toujours dans le cadre des concours… Imposer le BIM ? Pourquoi pas, mais si les délais d’étude sont établis en conséquence.

Blog du BIM : Plus de six ans après votre adoption du BIM, quels constats faites-vous ?
A.S : La maquette est un peu le prolongement du travail de l’architecte. Elle relie plans, coupes, etc. Cet aspect synthèse est intéressant car il nous permet de nous focaliser sur les problèmes, les nœuds à défaire…
C.M.G : Au quotidien, le BIM offre un vrai gain de temps. Dès que nous corrigeons un élément sur une des vues, il est rectifié sur tous les plans. Sans compter que la moindre modification est visible par tous les autres acteurs !
A.S : Notre objectif final est que l’agence soit formée à 100 %. Chaque architecte conservera sa spécialité, mais gagnera aussi en polyvalente grâce à la maîtrise du BIM. Reste à ce que tous nos partenaires s’y mettent aussi, ainsi pourrons-nous constituer des équipes tout corps d’état BIM !

Deux autres témoignages sur le thème “Adopter le BIM en pratique” :

 

Membre de bSI depuis 1996, buildingSMART France – Mediaconstruct, association loi 1901, accompagne la transformation digitale de la Construction par le développement de l’openBIM et de bonnes pratiques de travail en BIM. Son objectif : la continuité numérique entre Construction, Exploitation et Territoires.

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